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Thines en Ardèche

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L’église de Thines en Ardèche

Si vous parcourez le chemin accidenté et pittoresque qui conduit des Vans à Saint-Laurent-les-Bains, lorsque vous aurez atteint le plateau élevé de Saint-Jean-de-Pourcharesse, la voie suivra les ondulations d'une côte très élevée, à laquelle viennent aboutir, comme les épines d'une arête de reptile, une série non interrompue de collines rocheuses très aiguës et très escarpées, entrecoupées de vallons resserrés et profonds. Ces collines et ces vallons prennent naissance à la grande côte suivie par la route de Saint-Laurent-les-Bains, et vont se perdre, par une pente très brusque, dans la vallée formée par la rivière de la Borne, qui sert de limite en cet endroit aux départements de l'Ardèche et de la Lozère. C'est à l'extrémité d'une de ces collines, plus élevée et plus escarpée que les autres, que se trouvent situées, sons forme d'amphithéâtre, les maisons du hameau et l'église de Thines. La distance de Thines à la route de Saint-Laurent-les-Bains est d'environ 4 kilomè-tres ; on y arrivait autrefois par un sentier étroit, tracé sur la crête rocheuse de la colline. Ce sentier était coupé, à de très courtes distances, par des escaliers de 50 à 80 centimètres de hauteur, formés par les retraites successives des diverses couches de la montagne. Rien n'est pittoresque comme la position de cette église, vue près de la route de Saint-Laurent-les-Bains et de divers points du sentier qui y conduit ; vue du fond de la vallée de la Borne, elle produit un effet bien plus imposant encore. L'église de Thines est un beau type d'architecture romano byzantine. Sa forme est celle d'une basilique à une seule nef, terminée par une très belle abside. La porte d'entrée se trouve, comme dans beaucoup d'autres églises de la même époque, à l'extrémité du côté droit de la nef. Une raison majeure avait du reste motivé cette disposition : c'est que, pour l'établir du côté de l'Ouest, il aurait fallu faire une terrasse en avant, dont les murs de soutènement auraient eu au moins 20 mètres de hauteur. Les fondations de cette façade sont au moins de 10 mètres au-dessous du sol de l'église, et le terrain a une inclinaison de 15° au moins. En avant de la porte, ou plutôt du portail, sur une petite place formée par des murs de soutènement très hauts, s'élève une colonne surmontée de la figure de la Vierge tenant l'enfant Jésus dans ses bras. Cette église a été, en effet, suivant la tradition, dédiée à la Mère de Dieu.

Le pèlerinage à l'église de Thines était très fréquenté, comme l'on peut s'en assurer en ouvrant les registres de la paroisse, quelques années seulement avant la Révolution de 1789 ; elle était desservie par le curé, un vicaire et un chapelain  du couvent du Monastier. A 100 mètres environ, côté Sud-Est de l'église, on retrouve encore les traces d'un petit château fort dont la dernière tour a été démolie en 1806. D'après une tradition assez répandue dans le pays, on attribue la construction de l'église de Thines au pape Urbain V, sorti de la famille de Grimoard, comte du Roure ; il aurait été chapelain de quelque oratoire ou église existant dans le pays. Mais Urbain V n'ayant été élu pape qu'en 1362, époque où régnait en souverain le style ogival, une semblable opinion ne peut être soutenue. Toutefois, nous ne serions pas surpris que les réparations faites au portail et à quelques croisées soient de cette époque. Les deux statues ornées du nimbe qui sont dans le tympan de la porte, celle qui est posée dans l'un des angles du portail et une quatrième, qui a sans doute été détruite, étaient toutes placées précédemment sous les retombées des arceaux du portail, sous forme de caryatides, où elles avaient remplacé les quatre colonnes romanes primitives servant de supports à l'imposte. Cet imposte, décoré de rinceaux fouillés à jour, d'un grès blanc très fin pareil à celui des statues, a été évidemment aussi changé à la même époque, comme l'on peut s'en assurer encore par quelques fragments de l'ancien profil de l'imposte existant encore dans les piliers, à droite et à gauche du portail. La colonne prismatique de marbre gris cendré, qui sert de meneau, le linteau en grès blanc qui se trouve au dessus, représentant l'entrée triomphale de Jésus-Christ à Jérusalem, la Cène et la trahison de Judas, sont évidemment de la même époque. Ces bas-reliefs, ces statues et l'imposte à rinceaux de feuilles d'acanthe dont nous venons de parler, fouillés profondément, ne manquent pas d'une certaine finesse d'exécution, et appartiennent à une époque plus avancée de la Renaissance que le reste de l'édifice. Nous en dirons autant des petites colonnettes en grès blanc avec chapiteaux historiés, recevant la retombée des arceaux des croisées, et de deux des grands chapiteaux de la nef, dont l'un est décoré des quatre Évangélistes, supportant un tailloir à rinceaux de feuilles d'acanthe, et l'autre de quatre aigles couronnés de la même manière. D'après une autre tradition, transmise par l'ancien curé, M. Chapier, à son successeur, l'église de Thines aurait été bâtie par une princesse, probablement de la famille des comtes de Toulouse, exilée dans le château de Thines, à la suite d'une intrigue amoureuse ; elle aurait fait construire cette église, en reconnaissance des bons offices qu'elle avait reçus des habitants pendant le séjour temporaire qu'elle fut obligée de faire, en expiation de sa faute, dans cette contrée isolée et solitaire. Enfin, une troisième opinion et qui paraît la plus vraisemblable, quoiqu'elle ne soit corroborée par aucune tradition, c'est que l'église de Thines aurait été construite par les religieux du couvent de Monestier, dont elle était la succursale, puisqu'elle a été, pendant longtemps, desservie par des prêtres et un chapelain de cette paroisse.

L'église de Thines, classée comme monument historique par le Gouvernement provisoire, en 1848, est du plus haut intérêt, soit par ses belles proportions, soit par son ornementation, soit par le choix des matériaux divers qui ont concouru à son exécution. Tout le revêtement extérieur des murs de l'église, ses contreforts, son couronnement, ont été construits en granite gris à gros grains, extrait des carrières d'un village appelé Vaille, au pied de la colline sur laquelle est bâtie l'église, à 2 kilomè-tres de distance. Toute cette pierre a été apportée sur les lieux à bras d'homme ou à dos de mulet. Le transport de cette pierre de taille, dont l'appareil moyen est de 30 centimètres de hauteur sur 30 de largeur, celui surtout des niches formant l'appareil des arcatures dont les dimensions sont beaucoup plus importantes, celui des chapiteaux des grandes colonnes de l'intérieur, ont dû demander des efforts énormes. La table du maître-autel, en grès lin, qui a 3 mè-tres de longueur, 1 mètre de large, 30 centimètres d'épaisseur, et pèse environ 1400 kg, est une preuve des prodiges que peut enfanter l'art, stimulé par la foi. Les arcatures des croisées, celles de la porte, la voûte cylindrique de la nef, la voûte sphérique de l'abside, sont construites en grès blanc d'un grain très fin, dont les gisements sont situés au haut du plateau de Lachamp de Montselgues, à 8 kilomètres au Sud-Ouest de l'église. Le grès rouge, qui alterne avec le grès blanc dans la composition des voussoirs, des archivoltes, des croisées et du portail, et par tranches horizontales successives, rouges et blanches, dans la construction de la voûte sphérique de l'abside, ne se trouve pas dans les environs. Quelques personnes, prétendent en avoir aperçu de ces pierres sur le plateau de Montselgues, dans la commune de Saint-Pierre-de-Chaustela ; mais on ne peut rien affirmer de précis à cet égard. L'église est couverte en dalles ardoisées couleur bleu sale, de 5 à 6 centimètres d'épaisseur, posées directement sur les reins de la voûte.

La carrière de ces dalles se trouve sur la route de Saint-Laurent-des-Bains, entre Peyre et la Croix-de Ker, à 8 kilomètres de Thines. Le transport de tous ces matériaux à d'aussi grandes distances, par des sentiers aussi rampant et tortueux, tient du prodige et témoigne hautement de la puissance et de la richesse du seigneur ou du monastère qui a entrepris la construction d'un semblable édifice.

Toutes les maçonneries de l'édifice, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, sont en général en bon état de conservation ; il n'y a que la façade, du côté du Nord, qui a un peu souffert de l'action corrosive du temps ; mais elle a été réparée. Les arcatures du couronnement, abritées par le toit, sont parfaitement conservées. La façade Sud-Ouest, celle de l'Est (côté de l'abside) sont dans un état parfait. Les arêtes des profils des ornements sont aussi nettes que si l'on venait de les exécuter. Rien n'est harmonieux comme l'ornementation extérieure de l'abside. Le couronnement circulaire est composé : d'abord, d'une doucine décorée de petits cylindres, de billettes, de figures fantastiques, d'ovoïdes géminées, de plantes grasses, d'oiseaux ; ensuite, d'un cordon de losanges en relief ; et enfin, d'arcalures supportées par des modillons, des têtes de buffle, d'animaux. Ces quatre colonnes élancées, avec leurs chapiteaux historiés, ornés d'oiseaux et de figures allégoriques, reposant sur quatre pilastres déliés et sveltes, couverts de losanges et de plantes de lierre, produisent un bel effet. Par un hasard providentiel, l'église n'a été badigeonnée ni à l'intérieur ni à l'extérieur ; elle est ce qu'elle avait toujours été : il n'y avait qu'une seule chose à regretter, c'était la séparation de l'abside, du reste de l'église, par un mur de 3 mètres de hauteur contre lequel était adossé l'autel, afin de réserver une sacristie dans la partie basse de l'abside ; mais aujourd'hui ce mur a disparu.

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