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Contes et fariboles en pays d’Oc par André Roure L’inauguration

Contes et fariboles en pays d’Oc par André Roure 

L’inauguration

 

L'écrivain et cinéaste Marcel Pagnol, auteur prolifique et chantre de la Provence a souligné constamment dans ses œuvres l'importance des sources, l'eau étant l'élément indispensable au maintien de la vie. Son pays natal Aubagne, que surplombe le massif du Garlaban est une région particulièrement aride et sauvage, où se maintient une faible population grâce à de trop rares et précieuses résurgences hydrauliques.

Notre région de Garrigues à l'image de ce massif, a connu en 1864 un problème d'alimentation en eau dont aurait pu s'inspirer notre académicien. Il faut préciser qu'en ce temps-là, l'été, le village toutes citernes épuisées, était absolument dépourvu d'eau potable, non seulement pour abreuver un nombreux bétail mais également, pour les besoins du ménage. En ce temps-là le village du Serre du Castel, niché sur une éminence, se trouve bien au dessus du bassin fluvial qui est tout de même distant de quelques kilomètres. Son sol aride et pierreux ne comporte aucune source de proximité et les habitants sont obligés d'avoir recours aux eaux d'une rivière proche.

Or celles-ci, sont devenues impropres à la consommation à la suite du déversement d'effluents émanant d'une usine chimique située en amont depuis 1859. Les habitants furieux interpellent le maire lequel enregistre leurs doléances. Victime lui aussi de la pénurie, il désire donner suite aux justes réclamations de ces derniers qui souhaitent voir amener au village les eaux d'une petite source particulière qui, par gravité et à moindre frais pourrait être amenée au centre de la localité. Ils lui donnent carte blanches pour y parvenir. Il convoque donc son conseil municipal qui le charge de faire étudier le projet par un homme de l'art. Le 13 novembre 1864 au cours d'une réunion consacrée à ce problème, le maire expose la nécessité d'amener l'eau au village par un ouvrage long de 750 mètres, dont la construction est estimée à 4.200 F.

Un membre du conseil fait alors remarquer que les hameaux de Prieur, La Bergerie et La Louvette en sont également privés et qu'il y aurait intérêt à faire établir un point d'eau dans chacun de ces écarts. Compte tenu des finances communales, ces projets-là resteront en instance. Ce premier projet d'utilisation de l'eau de la source, élaboré et approuvé en novembre 1864 mettra 3 ans à se réaliser car MM. Etienne M... et Jean-Louis G... prétendent en être les seuls propriétaires et font un procès à la mairie. Un arrangement survient et contre espèces sonnantes et trébuchantes le différend est aplani. Ils recueillent respectivement 1.000 F et 500 F pour la cession définitive de leurs droits sur cette source. L'inauguration des installations vit s'assembler une foule enthousiaste autour du « Griffe », implanté sur la place centrale du village.

Il nous a été rapporté qu'en soirée, le débit de la source n'avait plus rien de comparable à ce qui fut bu et ingurgité comme pinard, cartagène, absinthe et spiritueux de toutes sortes. Par ailleurs, selon les mêmes sources il nous a été confié qu'au cours de la soirée qui a suivi, le garde champêtre avait surpris l'Angèle Bouzanquet saoule et à moitié nue, accroupie dans le bassin du « griffe ».

Elle était en train paraît-il, de se rincer ostensiblement des parties que la bienséance nous interdit de rapporter ici. Vivement rappelée à l'ordre par le représentant de la loi, elle lui aurait montré les parties honteuses de sa constitution et bredouillant, lui aurait crié : « Et mon c.. c'est du poulet ! » Suffoqué par cet outrage à agent de la force publique, il en avait référé à Monsieur le Maire pour qui paraît-il, l'Angèle aurait eu des bontés ?... Ce dernier fuyant ses responsabilités, lui aurait demandé de temporiser, compte tenu des circonstances. Lui frappant amicalement l'épaule, il lui avait offert un cigare pour prix de sa mansuétude ; le premier qu'il eut jamais fumé.

Entre-temps, le 22 septembre 1867 le Conseil approuva la construction d'un puits à Prieur et le 30 août 1870, il autorisa le maire Hippolyte Bessèdes à acquérir de M. Daroque-Balagne un puits pour l'usage des habitants de La Bergerie et ce n'est que le 7 juillet 1954 que la municipalité approuva et arrêta le projet consistant à alimenter la commune en eau potable sous pression.

Deux énigmes cependant de-meurent, quelle fut la suite réservée à la requête des habitants de La Louvette et de Prieur ? Et enfin, pourquoi ne pas avoir utilisé l'eau du puits des templiers qui alimentait jadis la communauté et se trouvait dans le transept Nord de l'église paroissiale ? Il est vrai que celui-ci était obstrué depuis plusieurs années. Mais compte tenu des circonstances, rien n'aurait été plus facile, semble-il que de le remettre en état. L'explication se trouve peut-être dans le fait qu'avant la séparation de l'église et de l'état, l'édifice appartenait au clergé et que depuis quelque temps, le torchon brûlait sérieusement entre ce dernier et les élus locaux, tous plus ou moins radicaux et « bouffes-curés ».

Chers amis ! Caltelserrois, vous qui êtes les descendants directs de ces assoiffés, souvenez-vous avec émotion de leurs difficultés ! Vous qui maintenant, êtes habitués au confort et qui d'un geste désinvolte manoeu-vrez le levier de votre mitigeur, ayez une pensée émue pour vos malheureux aïeux. Ceux-là mêmes qui, avant 1864, étaient contraints de se taper avec bien des soupirs, raide, forte et peut-être même cul sec, leur absinthe préférée !...

 #cevennes #cevennesmagazine #patrimoine

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