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Franchir le Pas, entre Cévennes et Garrigues, Saint-Julien, Peyremale

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Franchir le Pas,

entre Cévennes et Garrigues, Saint-Julien, Peyremale

Par Jean-Luc Eymery

A l’origine une barre rocheuse entourée d’eau ; après un soulèvement, des cassures ou failles, laissent passer l’eau qui peu à peu forme le paysage d’aujourd’hui ; une rivière qui passe entre deux rochers calcaire, Saint Julien et Peyremale, où pousse l’yeuse, la lavande sauvage, le myrte.

Andusia, signalé du temps de Rome par une borne portant 7 noms de villes le long de la voie romaine au départ de Nîmes.

Du nord au sud, d’Alès à Pradeille (Haute-Loire) en une succession de cols et de vallées favorisant le jaillissement des sources et ainsi l’implantation d’habitats, une faille qui est aussi un lieu de passage, un sillon naturel reconnu par les hommes d’hier chasseurs cueilleurs du néolithique, pasteurs et paysans. L’instinct du troupeau fait se diriger les animaux vers des passages plus faciles, les drailles ainsi ouvertes, futures voies de communication utilisées depuis toujours. Pour circuler, de tout temps l’homme a emprunté les hauteurs ou le bord des cours d’eau. Sur les hauteurs en période d’insécurité il peut voir loin et surveiller les vallées ; le long des cours d’eau il peut pêcher et chasser.

Des cultures apparaissent au pied de Saint Julien, après une occupation humaine temporaire, traces d’habitats anciens ; moins abrupt que Peyremale, des maisons en amphithéâtre sont élevées, ville haute prés d’un château ; la ville basse ou cité prés de la rivière. Il n’en fallait pas plus pour intéresser les hommes de ces temps qui jugèrent l’endroit favorable de par ses défenses naturelles. Dés lors c’est le vent de l’Histoire qui fit connaître cette ville nouvelle.  

Le portail du Pas ou Portalet, nom d’un quartier au moyen-âge que l’on nomme aussi Portail ou Porte des Cévennes, Cluse : mot issu du patois jurassien, coupure due à des dislocations pittoresques ; sert de voie de communication entre les vallées. Anduze est devenue la Porte des Cévennes par cette cassure géologique, l’on y fit un octroi et le quartier reçut le nom de Barrière. Aujourd’hui on y voit un pont métallique, qui enjambe la rivière, un quai, qui protège la ville des crues et au-dessus, la route d’Anduze à St Jean du Gard. Notons que la plaine de Labahou, route de Saint Jean du Gard, était primitivement inondée.

Essayons de voir le paysage tel qu’il était en cet endroit. Pas de pont métallique, mais une resclause, petite chute d’eau bâtie pour alimenter le moulin de Cantarane rive gauche. Un pont à-t-il existé à cet emplacement ? Bien qu’un passage à gué soit plus envisageable pour aller d’une rive à l’autre rejoindre les hameaux de Cornadel et Montsauve, les villages de Blateiras et Générargues, bien sûr, d’autres passages possibles existent.         

A Anduze, le Pas sépare comme une porte imaginaire deux mondes celui de la plaine à celui de la montagne, passage entre deux rochers, Peyremale de mauvaise pierre et Saint Julien du nom d’un soldat gaulois persécuté à Brioude (Auvergne) sous Dioclédien, paré dans les récits de l’innocence de la jeunesse il était l’un des Saints les plus populaires. La grande Histoire nous dit que Avitius empereur romain né en Auvergne est enterré prés de Saint Julien ; l’église de Brioude détruite par les sarrasins fut relevée grâce aux dons fait à Saint Julien. Saint guérisseur, l’on raconte que Charles VI fut soulagé grâce à son intervention. Il était réputé pour guérir les fiévreux, les paralytiques, les boiteux, les aveugles ; il était invoqué pour la protection des troupeaux, pour retrouver les objets perdus, pour neutraliser les voleurs. Guillaume au Cornet ou Court-nez, duc d’Aquitaine, après moultes exploits, sollicita de l’empereur l’autorisation de quitter la cour. Par l’Auvergne il se rendit à Brioude, au tombeau du martyr Saint Julien et y déposa ses armes ; il alla à Gellonne et prit l’habit religieux en 806, il disparut en 812 ou 813.

Dés la Préhistoire, les hommes du Néolithique semblent avoir habité ces lieux, fonds de cabanes, petites réserves naturelles d’eau au creux d’un rocher, « conches », hachettes de fraidonite, pierres de frondes, grottes. Peut être y eut-il un premier château fait de terre et de bois tout au début du moyen-âge. Les sommets, Saint Julien, Peyremale, servent aussi de pâture aux bêtes à laine.

Ce site servit sans doute de vigie, il fut certainement aussi le point d’une chaîne de signaux entre Tornac et Montsauve, chaînes des feux de Bermond, de M. Paul Chapel. Rohan lors des conflits de 1621 y tenait un corps de garde, la cuve semble de cette époque et un canon fut retrouvé par M. de la Rouvière à la Corgne sous Saint Julien. Le bas du rocher servit longtemps de carrière de pierres et rappelons que le passage se faisait par la rivière. Sur St Julien, se trouve un petit fort, redoute, où arrivent les murailles de la ville du temps de Rohan. Une autre ruine laisse apparaître des vestiges, sur le Pas au nord, et sur un écrêtement formant une plate-forme. On note une citerne creusée dans le roc et un oratoire, ou chapelle, dédié à St Julien, fondation datée du IVème siècle, servant aux moines du monastère de Gravies, accessible par des marches taillées dans le rocher qui servirent aux gens d’armes et à la surveillance d’un quelconque envahisseur. Le nom de Saint Julien est donné sur un cartulaire d’Alès : Sanctus - Julianus in terra et vicaria Andusie, 1345.

A l’origine du peuplement et de l’érection de la ville, ce piton rocheux marque la présence de l’homme. Une grotte, où fut trouvée une médaille de Faustine, période romaine, et où Félix Mazauric, en 1911, voyant le long d’un mur de clôture des excavations, pensait à d’anciennes habitations. D’au-tres chercheurs ont vu, en cet endroit, des vestiges du moyen-âge et une continuité des murailles de la ville qui, sur ce mamelon, permirent l’élévation de tourelles. La muraille formant depuis Anduze une ceinture en continue, là, réside le problème des enceintes et autres fortifications maintes fois abattues et reconstruites tout au long de l’Histoire.

Sous St Julien, quartier dit « la Barrière », un passage à gué permet de rejoindre le Pradal, le pré, une branche de l’ancienne voie romaine de Nîmes à Javols, qui passait dans le lit actuel de la  rivière, bifurque vers Cornadel après avoir, elle aussi franchi le Pas. En 1537 un curieux personnage, Jean de Narbonne, du Montaigu, se dit moine d’Aniane et habite le mas de Labahou, il rançonnait les gens qui ramassaient le bois mort.

A l’embranchement de l’Amous et du Gardon, quelques 200 mètres plus loin, la voie romaine rejoint par la droite le chemin de Prafrance ; les Gardons de St Jean et de Mialet se rejoignent au « Mescladou », mélange, plusieurs anciens tracés prennent des directions différentes ; Corbès, Mialet, Générargues, Saint Jean du Gard.

Au XVII° siècle, sous M. de Rohan, l’on bâti. Quelques années plus tard, Richelieu fit tout détruire. Il en va ainsi depuis fort longtemps ! Ne reste aujourd’hui que quelques vestiges enfouis, et sans un travail sérieux d’archéologie, il est impossible de dater et de définir exactement ces lieux de mémoire ou de situer les anciennes murailles et portes de la ville. Sous Rohan l’endroit fut un bastion imprenable ; le duc fit construire des fortifications, redoutes et postes avancés sur le chemin d’Alais qui firent reculer les armées de Louis XIII et Richelieu. Aujourd’hui l’on peut voir des vestiges de ces murs et des « clapas », tas de pierre impressionnant, également sur Pouilhan.

« M. de Rohan en fit sa place forte en 1621 ; il remonta, retoucha, augmenta et remit en bon état les fortifications de cette ville. En 1629, par le traité de paix conclu à Lédignan et signé à Nîmes, les fortifications furent abattues par ordre de Louis XIII. Il n’en reste qu’une tour ronde à l’angle au haut de laquelle une horloge est placée.

Les murailles et les portes laissées en état, servent d’appui aux maisons construites derrière les remparts. »

Le sommet de Peyremale que l’on atteint par « la montade » ancien chemin d’Alais, semble être une cuvette jusqu’au moyen-âge. Un petit lac s’y forme lors des fortes pluies d’automne, le rocher calcaire laisse l’eau s’infiltrer et creuser des cavités tel des avens ou des grottes qui communiquent. Au moyen-âge l’endroit est boisé et le seigneur d’Anduze autorise la pâture des animaux de la viguerie, « les chiens des bergers seront tenus à l’attache pour la défense des bêtes et des hommes », ainsi que le ramassage du bois mort (esplèches) aux pauvres du bourg sous la surveillance des gardes, limité au poids d’un âne et pour une année.

La légende dit qu’un de ces gardes, un géant, abattait quelquefois un contrevenant ; le vent apportait au-dessus du bourg les plaintes et les gémissements du malheureux. Les pâturages étaient depuis toujours mis en commun, il n’était permis à aucun particulier de s’abroger le droit de culture ou division, la dépaissance était une servitude qui excluait la propriété. Les seigneurs prirent à leurs compte ces terres, le seigneur a la propriété du sol, du bois, des pâtures, la communauté en a l’usage sur son consentement.

Sous Peyremale signalons des anciennes carrières de gypse du Trias, au lieu-dit les Gypières ; la grotte de l’homme préhistorique, des anciens moulins et filatures au quartier du pont, des restes des fortifications de Rohan matérialisées par des vestiges de redoutes, visibles de la route d’Alais. La vente en 1345 aux Beaufort, indique que la ville est fortifiée : murailles, tours, courtines, fossés et pont-levis.

« Que direz vous du roc de Piéremale

où loge dans son sein la malice infernale

où niche dans ces trous les corbeaux, les hiboux

dans ces affreux contours, les louves et les loups. »

1793 … Mémoires et Grimoires

 

Anduze, dernier bastion, barrière infranchissable, tant du côté bas Languedoc que des Cévennes et du Gévaudan. Ici commence l’histoire de l’Anduzenque et d’Anduze, sa situation géographique en fait un lieu de passage obligé et militairement un poste stratégique et privilégié on le verra aux guerres des Cévennes, épisode de la Guerre des Camisards.

Ouvrons donc « la Porte des Cévennes »...

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