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CREATION ET PEUPLEMENT DE LA SALINDRENQUE

CREATION ET PEUPLEMENT

DE LA SALINDRENQUE

Rôle des moines

Chaque fois que le Lozérien descend au « pays bas » pour accomplir une saison de travail destinée à lui permettre d’acquérir un modeste pécule pour les longs mois d’hiver, une station sur sa route le retient, parfois pour toujours, c’est la Salle des Cévennes.

Sous ce nom nous désignerons avec lui, non seulement le village, mais aussi les communes environnantes : Soudorgues, Colognac, Saint-Bonnet, Vabres, et une partie de Thoiras. C’est la région qui constituait la Salindrenque et non celle qui forme aujourd’hui le canton de La Salle. Les communes de Monoblet et de Saint-Félix-de-Pailhères, administrativement rattachées à ce chef-lieu de canton, ne lui appartiennent ni comme race, ni comme mœurs, ni même comme histoire. Le climat, le terrain, les cultures, sont tout autres.

Le nom de Salindrenque répond à une région nettement délimitée, n’embrassant que le lit géographique de la rivière de ce nom.

Cette vallée est fermée, au nord-ouest, par le col du Mercou, la montagne de Brion et le col de Valescure ; à l’ouest, par les sommets du Liron et les croupes qui s’en détachent pour relier cette montagne aux pentes arides et calcaires de La Fage, par Campharrat, Coulègne, Le Caïrel et le col de Saint-Roman-de-Recodié (Codières).

A l’est, les ramifications du Brion, serres des Bousquets, de Sainte-Croix-de-Caderles et de Montvaillant, vont se terminer par la courbe des sommets de Malerargues et de Thoiras, au sud vers le pont de Salindres.

Au sud ouest, le col du Rédarès sépare les derniers contreforts de Coulègne des sommets de Pailhès et du bois de Bane, qui, par des pentes rapides, vont rejoindre les sommets de Thoiras, ne laissant entre eux que l’espace resserré par lequel s’insinue la Salindrenque aux approches de son confluent avec le Gardon de Saint-Jean.

Cette région présente à peu près la forme d’un vaste entonnoir, dont les parois, coupées de terrasses successives, et creusées de gorges profondes, viennent se terminer en un point central, le vallon de La Salle. De là, part l’étroite vallée dilatée cependant par endroits, qui aboutit au confluent de la Salindrenque et du Gardon.

Le régime hydrographique délimite donc très nettement la Salindrenque. Il en est de même pour la constitution géologique. Tout autour d’elle, les roches jurassiques du côté de la plaine, les schistes cristallins du côté du nord, sont relevés dans sa direction par l’éruption, pendant la période secondaire, des roches granitoïdes qui la constituent.  Au milieu de cette roche en fusion surnagèrent, sous formes d’ilots, quelques couches du Keuper. On les retrouve à Soudorgues, au Puech de Clarou, au Causse Nègre, à Saint-Bonnet, à Novis. Leurs assises de grès, d’argile et de plâtre, violemment tordues dans tous les sens, sont exploitée depuis longtemps, non sans succès pour le plâtre.

C’est la terre forte, opposée par ses cultures à la terre friable, « lou schiss » des granits éboulés.

Sous l’influence des variations atmosphériques, grâce aux actions chimiques produites par l’eau sur la gangue phosphatique qui réunit leurs éléments, ces roches granitoïdes, devenues moins compactes, s’effritèrent. L’eau creusa peu à peu les nombreux et pittoresques vallons que nous admirons aujourd’hui. La végétation s’établit insensiblement dans ces sables arides. Les chênes et les bruyères couvrirent ces mamelons de leurs souches touffues et de leur tapis de verdure. Aux endroits où la roche, plus dure, présentait un obstacle à l’écoulement des eaux, se creusaient des gorges profondes, telles que celles du ruisseau de Coulègne, à Lavérune, de la Frégère, de la Glanière sur la Salindrenque, tandis qu’en amont se formaient de petits lacs où s’amoncelaient les sables et les débris charriés par les eaux. Ainsi se colmatèrent les petites plaines d’alluvions qui sont maintenant les grasses prairies de La Salle, Calviac, Prades et Malerargues.

Pendant longtemps, la Salindrenque, couvert de bois touffus de hêtres et de chênes, ne fut qu’un asile pour les animaux sauvages, qui trouvaient sous cet abri une abondante provende. A peine si leur quiétude était troublée parfois par nos ancêtres de l’âge de pierre, égarés en expédition de chasse, loin de leurs grottes profondes des calcaires de Saint-Hippolyte ou des dolmens de la Grande Pailhère.

Si nous laissons de côté une longue série de siècles sur lesquels la lumière ne se fera jamais, faute de documents certains, nous arrivons à l’époque gauloise. Les Gabales, grands voyageurs, comme nous le dit l’histoire, trouvèrent cette région sur leur chemin, dans leur marche vers les plaines fécondes de ce qui devait un jour former le Languedoc.

Arrivant du côté de l’Aigoual et des Causses en suivant les sommets, ils atteignirent le Lirou en traçant les deux voies terminales qui ouvraient sur les pays du soleil.

Du col de Las Clies l’une passait part Cambarrat siège d’un marché important nous dit la tradition, puis à Colognac et de là atteignait par Figaret ou Cros les plaines de Saint-Hippolyte. L’autre passait sur le Brion, où, selon la tradition orale, ils dressaient des autels à leurs dieux, et de là arrivait dans la vallée du Gardon, et dans l’Anduzenque, après avoir détaché par Soudorgues une branche secondaire sur La Salle.

De nos jours, ces routes servent encore, comme à la période gauloise et au moyen âge, de voies de communication directes entre la plaine et la montagne. Tous les étés, les nombreux troupeaux transhumants les prennent pour arriver dans les frais pâturages de l’Aigoual et du Mont Lozère.

Au XVIIIe siècle, lorsque l’intendant de Basville voulut envoyer rapidement des hommes et des canons contre les huguenots des hautes Cévennes, il ne trouva rien de mieux que de faire réparer les mêmes voies aux communautés qu’elles traversaient, sans, bien entendu, les indemniser de cette grosse dépense.

Sous la période romaine, la Salindrenque ne fut guère habitée, étant toujours couverte de bois épais. Les Gallo-Romains semblent avoir dédaigné dans notre région les terrains granitiques et ne nous ont laissé de leurs traces que dans les pays calcaires de Saint-Félix et de Monoblet. Sans apporter de preuves à l’appui de cette assertion, l’auteur de la Salindrenque suppose qu’ils établirent quelques postes de signaux à Clarou, à la tour de Peyre, au Brion, le long de la voie allant de Saint-Hippolyte à Saint-André-de-Valborgne, tracée par eux en ligne droite, au fond de la vallée, du Rédarès, au col du Mercou, dont le nom rappelle celui de leur dieu du commerce, Mercure. Quelques traces d’exploitation des gites cuivreux du Brion sembleraient aussi indiquer leur présence.

Notre vallée dut probablement ses premiers habitants sédentaires aux invasions de la fin de l’empire romain. La Septimanie était ravagée par les Barbares et les Sarrasins. Toutes les populations de la plaine fuyaient devant ces hordes. Les vallées profondes et escarpées de la Salindrenque offrirent aux malheureux fuyards un lieu d’asile sûr dans leurs fourrés impénétrables.

Dès ce moment, notre vallée forme une petite part de cette marche frontière entre les Francs du nord et les Barbares, maîtres des plaines du Languedoc. Peu à peu, ces premiers habitants s’organisèrent en clans. Leurs diverses agglomérations furent les embryons des villages actuels. La région des plaines devenant de plus en plus pacifiée, une organisation politique s‘établit dans nos régions, sous la suzeraineté  nominale des rois francs représentés par des seigneurs féodaux, qui s’étaient peu à peu rendus indépendants de l’autorité royale trop faible et trop lointaine.

Dès 959, notre région était complètement organisée en viguerie (vicaria Salindrenca) secondaire de la viguerie d’Anduze et appartenant au Bermond d’Anduze. Les seigneurs féodaux avaient été beaucoup aidés par de puissants et habiles auxiliaires, les moines.

« Le rôle de ces monastères dans la Septimanie, au VIIIe siècle, était tout tracé. Ce malheureux pays ne formait sur plusieurs points qu’un vaste désert. Ils arrivèrent. Là où ils se fixèrent, une église, quelques fois plusieurs, s’élevèrent : de vastes constructions surgirent du sol, les rivières se couvrirent de moulins, les champs, les vignes et les prairies remplacèrent l’herme : de heremo traxerunt. »

« Les cultivateurs monastiques auraient pu s’établir dans les parties de la Septimanie les plus fertiles ; mais, pour que leur exemple fût plus méritoire ils recherchèrent les contrées montagneuses, éloignées des centres habités où le sol était maigre et le défrichement et la culture difficile. »

Les moines de l’ordre de Saint-Benoît avaient depuis longtemps fondé des monastères dans les pays voisins : Aniane, près Montpellier, Sauve et Tornac, près d’Anduze. L’origine de celui-ci paraît remonter au delà du VIIIe siècle. Ruiné à cette époque par les Sarrasins, il se releva en 808 sous la protection de Charlemagne, grâce à l’évêque de Nîmes, Chrétien, qui en était le possesseur. Cette possession fut plus tard confirmée par les bulles des papes Nicolas Ier en 858, Serge III en 909, Jean XI en 923, Adrien IV en 1156. Le pape Gélase II vint lui-même, le 8 décembre 1118, dédier l’églises de Saint-Etienne-de-Tornac et fit planter en sa présence les bornes provisoires qui la délimitaient.

De ce monastère de Saint-Baudile émanèrent les colonies ou cella qui s’établirent à Saint-Félix-de-Pailhères en remontant la sauvage vallée de l’Ourne ; à La Salles, en remontant la Salindrenque ou en venant à travers les bois de Bâne, après avoir créé au passage la cella de Saint-André-de-Vabres.

Cette région leur offrait dans ses vallées boisées les conditions requises par la règle de saint Colomban : prière, culture intellectuelle et travail manuel. Ils trouvèrent là, pour les aider, quelques indigènes descendants des fugitifs de l’invasion arabe et peut-être même des Vaudois échappés aux massacres des Alpes.

« A cette époque de barbarie et d’ignorance, dit Paul Lacroix, on vit l’Eglise organiser le bien, reprendre en sous-œuvre les bases sociales qui s’ébranlaient, établir de nouveaux instituts monastiques et régénérer les anciens ; grouper autour d’elle les âmes incertaines, sans loi comme sans discipline, opposer enfin aux principes de violence et de trouble que l’anarchie entraine après soi, des principes d’ordre et de paix. »

« C’était autour de l’enclos abbatial, dit-il, peut-être sous la protection d’une seconde enceinte murée, moins forte, moins haute que l’autre, capable cependant de résister aux attaques et aux déprédations si fréquentes en ces temps de désordre féodal, c’était là que s’abritaient des échoppes, des boutiques, des hangars servant à la vente des récoltes, des bestiaux et des produits agricoles ou industriels du domaine abbatial. Le jour de la fête patronale du monastère, une foire franche, quelquefois plusieurs foires, ouvertes à différentes époques déterminées, attiraient une affluence considérable. »

Les moines venus dans la Salindrenque agirent suivant ces principes. Ils bâtirent au centre de notre vallée, sur une élévation calcaire ou motte (La Moute), une cella qui devait devenir plus tard le village de La Salle.

A côté, l’église dominait toute la vallée. Le point était très bien choisi, à proximité de sources abondantes, entouré de prairies s’étendant dans la partie plane de la vallée jusqu’à la rivière.

Des bâtiments élevés par les moines en cet endroit, il ne reste plus qu’une superbe porte romane sur laquelle un iconoclaste maladroit effaça, il y a des années, la date de construction. Tout autour et sur les côtés du chemin descendant à la rivière, s’élevèrent des maisons, ébauches du carrefour actuel de la Croix.

Un peu plus au nord, sur le mamelon opposé, se dressait le massif château d’Algue, au pied duquel le faubourg actuel de Capdeville égrenait ses maisons et ses jardins suspendus dans l’endroit le plus resserré de la vallée et partant le plus facile à défendre.

A soudourgues, le prieuré de Notre-Dame  s’éleva à mi-chemin des châteaux forts de Peyre et de Beauvoir. Les débris des uns et des autres ont servi à construire les différents mas de cette agglomération. Tout y est bâti en pierres équarries au ciseau, et le plein cintre roman y voisine avec l’arceau gothique dans toutes les portes. Seule, la vieille église présente encore, au soleil levant une rosace trigéminée éclairant très heureusement l’autel, et condamnée à l’intérieur par un maladroit curé.

A Saint-Brès, près Colognac, se trouvait, selon la tradition, l’église du couvent d’hommes de Lascours, situé à quelques mètres de là. Plus loin, à Pomaret ou à Bétizac, s’érigeait, dit-on, le couvent de bénédictines. Un endroit clos de murs, situé près de ces fermes, est considéré par leurs habitants comme étant le cimetière des moines.

A Saint-Martin-de-Corconac, l’église basse et trapue montre encore une porte du plus pur style roman. Placée sur un éperon schisteux au-dessous du château massif et lourd du seigneur de ce lieu, elle semble encore surveiller les biens monastiques de la Valmy, Peyrolles et Vallongue.

Enfin, à Sainte-Croix-de-Caderles, le prieuré attenant à l’église est moins bien conservé que celle-ci. L’une transformée en temple protestant, l’autre, en maison particulière, défient, par l’épaisseur de leurs murs, les injures des hommes et du temps. Le vieux puits situé au-devant du prieuré attire seul l’attention, et ce n’est que dans les écuries que l’on peut encore retrouver les constructions romanes des moines.

A chaque pas, on retrouve dans notre région l’empreinte de leur génie colonisateur.  Un peu plus tard, à côté ou à la suite des bénédictins, un autre ordre religieux vint s’établir dans notre Salindrenque. Il y fut cependant moins puissant que dans la vallée voisine de Saint-Jean-du-Gard.

Vers l’an 1100, l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem fondait le grand prieuré de Saint-Gilles.

« il y a apparence, dit Jean Raybaud, leur historien, que Raymond Pellet, seigneur d’Alais, qui accompagnera le comte de Toulouse à la croisade, et qui s’y signala par plusieurs actions de valeur, fonda, à son retour, la maison d’Alais : Bernard Pellet, son fils, et Agnès, sa femme, furent aussi fort affectionnés envers l’ordre. Un titre de l’an 1126 nous apprend que ce seigneur, son épouse et Bermond d’Anduze, qui était aussi seigneur d’Alais, excitaient leurs vassaux à faire des donations à cette maison. »

En 1506, le 15 octobre, les religieux du monastère de Saint-Gilles, ayant à leur tête Pierre de Bourgjuif, reconnaissent, par un acte chez Me Jean Robert, Pierre de Colognac comme prieur de Notre-Dame-de-Saturargues. Plus près de nous encore, le 6 août 1709, les consuls et la communauté de Saint-Bonnet-de-Salindrenque adressent une plainte à l’évêque d’Alais contre leur prieur, messire Olivier, prêtre, qui, nommé doyen de l’abbaye de Saint-Gilles, veut toujours, malgré cela, toucher les trente livres de dîmes rapportées par la chapellenie de Saint-Bonnet.

Les reconnaissances seigneuriales et curiales, souvent renouvelées, mon-trent la transmission au cours des siècles, de ces biens monastiques de la Salindrenque jusqu’à la Révolution française. Vers le XVIIIe siècle, ils devinrent la propriété de l’hôpital d’Alais, des de Vignolles qui en avaient acheté une partie, ou enfin, des menses curiales qui en avaient  conservé les débris jusqu'à nos jours, où la loi consacrant la séparation de l’Eglise et de l’Etat a fait rentrer tous les biens de mainmorte dans le droit commun. Ces biens étaient très nombreux. Dans la seule vallée de La Salle, les moines possédaient toute la partie s’étendant au sud, entre le prieuré et le col du Rédarès. Le château et domaine de Calviac payait tous les ans au prieur de Tornac une albergue d’un cierge de cire blanche.

A Soudorgues, en plus des terres entourant le prieuré de Notre-Dame, les moines possédaient les mas de Salindres, le Moina, le mas supérieur du Viala, le mas du Ranc, etc…etc.

Le rôle et la puissance des moines furent, pendant plusieurs siècles, très importants dans notre vallée. Ils en furent les premiers colonisateurs intelligents. La tradition rapporte qu’ils introduisent la culture du châtaignier jusqu’aux sommets de nos montagnes. Ils les défrichèrent et couvrirent leurs pentes rapides de milliers de murs à pierre sèche, destinés à retenir la terre végétale. Ils appelèrent, pour ces travaux, de nouveaux colons. C’est de leur époque que datent la plupart des agglomérations actuelles. Insensiblement, se créent des fermes et des hameaux dans tous les points de ces vallons nombreux où suintait une source. Selon l’habitude du temps, ils prennent le nom de leur fondateur, ou lui donnent le leur, dû à une particularité du terrain, de la végétation… etc. Les mas l’Euze à Pierre Bonal, celui de Freychaussel, à Antoine Pintard, sont devenus, de nos jours, Bonal et Pintard. En revanche, Novis donne son nom à une nombreuse famille. De même, les mas de Bouzanquet (petit Bosanc), Falguerolle (feuillu), Salindre, Claveyrolles, Clarou, Solier (seuil), Grevoulet, etc…, donnent leur nom à des familles. Quelquefois, enfin, les immigrés donnaient à leur nouvelle ferme le nom du pays ou du hameau dont ils étaient sortis. Nombreux sont les noms de lieux communs à La Salle et à des régions de la Lozère.

Pour être complet, ajoutons que, lors des persécutions albigeoises de XIIe et XIIIe siècles, il est probable qu’un certain nombre de ces hérétiques, fuyant devant les massacres, vinrent se réfugier dans nos montagnes. Ils y apportèrent leurs idées et leurs croyances, rendant toute cette région plus apte à embrasser, lors de la Réforme, les dogmes calvinistes. Ceux-ci, dans un terrain si bien préparé, poussèrent de profondes racines vivaces de nos jours.

Ainsi, grâce à l’industrie des moines, et sous la protection des seigneurs, le nombre des habitants augmente peu à peu. Le village s’agrandit le long de la rivière. Le commerce et l’industrie qui s’y sont créés appellent à La Salle de nouveaux émigrants par le mécanisme qui, de nos jours, les y appelle encore. Malgré ces émigrants fortuits, fuyards de l’invasion guerrière ou religieuse, la descente des Gabales vers la plaine est toujours la source intarissable qui alimente la population de la Salindrenque. Le Gévaudan, la Lozère actuelle, est un pays bien pauvre. A La Salle, le travail est moins ingrat. Il est mieux payé dans ces champs défrichés, dans ces vallons, où les châtaigniers ont étendu leurs vertes frondaisons, relevées d’une teinte plus grave par le feuillage sévère et terne du chêne, demeuré sur les endroits rocailleux.

La propriété du sol dans la viguerie haute de la Salindrenque, était partagée entre les moines et les seigneurs.

Rechercher et exposer surtout à quels d’entre-eux appartinrent au cours des siècles les droits de haute et basse justice nous entrainerait bien loin du care de cette modeste étude. Quelques lignes nous suffiront pour résumer leur histoire. Les seigneurs de Peyre, co-possesseurs de la haute Salindrenque avec les moines de Tornac, avaient leur origine dans la puissante famille du Tournel, aux confins de l’Auvergne et du Gévaudan. Les barons d’Aleyrac et de Barre leur succédèrent dans la possession des châteaux de Peyre et de Beauvoir. Par des mariages ou des donations, ces possessions féodales tombèrent entre les mains des Tourtoulon, descendus de Mauriac en Cantal à Banières, près de Sain-Jean-Gard.

La partie basse de la Salindrenque eut une noblesse de moins grande envergure peut-être, mais plus autochtone avec les Gauffredi et les Gaucelin, seigneurs de St-Bonnet et de Thoiras. Leurs successeurs vendirent aux Bucelly de la Mosson en 1538. Ceux-ci, à leur tour, cédèrent leurs droits, en 1553, aux Vignolles enrichis et anoblis par leurs charges, à la cour des Aides de Montpellier. L’un deux fit ériger la terre de Saint-Bonnet en baronnie vers 1653. Enfin, la famille Vissec, de Ganges, par héritage, fut en possession de ces terres jusqu’à la Révolution de 1789, où la vente des biens nationaux supprima pour toujours la baronnie des Vignolles, en tant que droits féodaux.

Entre temps, survenaient, le plus souvent pour achat, d’autres familles nobles, telles que les Bringuier, les Dalgue, les Manoël, famille portugaise implantée dans les Cévennes  depuis le XIIIe siècle, les Deshours, les Gautier du Roucou, les Solier, les Blanc du Roulet, etc.

A côté de cette noblesse qui ne résidait pas souvent dans ses vieux châteaux des Cévennes, se créait une bourgeoisie commerçante et industrielle. Par leur économie, par leurs spéculations, ceux-ci arrivaient parfois à acquérir une fortune mobilière ou surtout immobilière plus importante que celle des familles titrées. Souvent atteints par la manie des grandeurs, ces bourgeois cévenols enrichis ajoutaient à leur nom celui de leurs terres ou bien nobles, et s’offraient des armoiries aussi compliquées parfois que celles d’un chevalier de la Toison d’Or.

Les descendants de certains d’entre-eux possèdent ainsi une noblesse appréciée à sa valeur par le vieux dicton patois :

 

Noble de Cevenno

Tres dins un joù :

Moussu de la coquo,

Moussu del crubel,

Et moussu de l’iooù

 

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