Catégories

Recherche avancée

Prix

24 - 53 €

QU'EST-CE QUE L'OCCITANIE ?

QU'EST-CE QUE L'OCCITANIE ?

Par le Professeur Jean BONNAFOUS Agrégé et Docteur es Lettres Président des « Cadets du Quercy » à Paris Mèstre d'obro dôu Felibrige Membre de l'Académie de Languedoc

On parle beaucoup d'Occitanie et d'Occitans, depuis une vingtaine d'années et de plus en plus actuellement ; de sorte que rares sont les personnes qui ignorent totalement de quoi il s'agit. Néanmoins il n'est pas inutile d'élargir cette connaissance et de l'approfondir. Voyons d'abord ce que nous en exposent diverses encyclopédies françaises : « Occitanie » de la particule provençale « Oc », oui ; au Moyen-âge le Languedoc, où l'on parlait la langue d'oc et même parfois tout le littoral français de la Méditerranée et l'ensemble des pays de langue d'oc. « Occitanien - enne » ; nom, habitant ou natif d'Occitanie ; on dit aussi occitan - ane ; adjectif relatif à ce pays ou à ses habitants. « Langue d'oc » : langue où Je mot Oc exprimait l'affirmation ; par extension : ensemble des dialectes où on emploie le mot oc ; on dit aussi occitanien ou provençal. Langue parlée au moyen-âge au sud de la Loire. Si l'on prend pour critérium un trait caractéristique : la conversation de « l'a » tonique latin (mare - mar - mer ; patrem - paire - père) la limite septentrionale actuelle partant du confluent de la Dordogne et de la Garonne et laissant au sud tout le Massif Central, aboutit au sud de la Franche-Comté. Les dialectes purement méridionaux, parlés par une dizaine de millions d'individus, sont le béarnais, le gascon, le catalan, le languedocien, le provençal proprement dit, l'auvergnat et le limousin. Ils correspondent aux anciennes provinces. Au Moyen-Age on écrivait dans une langue littéraire commune ; c'est seulement à partir du XVIe siècle que les divers dialectes occitans furent cultivés littérairement, avec plus ou moins de zèle et de succès. Ils ont fourni au français plusieurs centaines de mots». Voilà ; c'est tout ! Ces exposés vraiment trop brefs, trop succincts manquent en outre d'exactitude et de précision, dans le temps et dans l'espace. 1°) Les dialectes occitans ne coïncident pas avec les anciennes provinces ; en maints endroits ils les chevauchent. 2°) tantôt on écrit que la langue d'oc était parlée au Moyen-Age ; tantôt qu'elle est encore vivante et usitée dans presque la moitié sud de la France. 3°) Tantôt on nous dit que son domaine s'étendait jusqu'à la Loire ; tantôt qu'il se restreint au sud de la ligne Bec d'Ambès - Jura. Il faudrait s'entendre et « accorder ses violons » !... Dans l'Encyclopaedia Britannica, tome 18, article « Provençal language », le professeur Ernst Pulgram, spécialiste des langues romanes à l'Université de Michigan, U.S.A., donne sur l'Occitan et l'Occitanie, des renseignements bien plus abondants et bien mieux documentés. A la rigueur il nous suffirait de les traduire pour apporter ici les explications essentielles... Après les conquêtes et durant les colonisations romaines, les peuples vaincus, soumis, se laissèrent assimiler et adoptèrent la langue latine. Seuls les Basques résistèrent et persistent encore de nos jours dans leur intégrité sept fois millénaire !... Mais, cela se conçoit aisément, l'assimilation fut plus profonde, plus intense, plus complète dans les régions voisines de la méditerranée que dans les régions lointaines, périphériques. La Gallia Cisalpina (Italie du nord), la Provincia, l'Aquitania, la Tarrasconensis (Catalogne et Valencia), la Betica (Murcia et Andalousie) furent bien plus imprégnées de civilisation gréco-latine que la Pannonie, le Norique, la Rhétie (Autriche, Allemagne du sud, partie de la Suisse), la Belgique, la Grande-Bretagne, ou même la Galice et le nord de la Lusitanie (Portugal). Rappelons, en passant, que la limite nord de notre Provincia et de notre Aquitania gallo-romaines suivait la ligne générale Genève - Lyon - Saint Etienne - Gien - Nantes, et que ces deux vastes régions formèrent pendant plusieurs siècles un ensemble cohérent dont la capitale politique fut successivement Narbonne, Arles et Toulouse : fait historique décisif puisque ses conséquences persistent encore parmi nous. Les grandes invasions barbares, si elles accumulèrent dévastations, ruines et misères, n'altèrent point notre fond ethnique, culturel et linguistique. Les Bourgondes étaient un peuple relativement paisible et laborieux. Les Wisigoths et les Ostrogoths avaient séjourné longtemps en Orient avant de venir s'installer chez nous en qualité de « fédérés », de serviteurs de l'Empire d'Occident ; ils défendirent vaillamment la « Romania » contre d'autres barbares réputés indésirables ; ils s'intégrèrent volontiers à la vie gallo-romaine. Ce sont des rois wisigoths : Athaulf, Wallia et Théodoric 1er qui créèrent le premier royaume de Toulouse qui s'étendait sur l'Aquitaine, une partie de la Provence et le nord de l'Espagne. Ce fut ce même Théodoric 1er qui, à la tête de ses troupes wisigothes et aquitaines, avec Aétius, vainquit Attila et ses Huns aux Champs Catalauniques, où il trouva une mort glorieuse. Ce sont les rois wisigoths Thorismond, Théodoric II et Euric qui portèrent les frontières du royaume toulousain jusqu'à la Loire au nord, jusqu'aux Colonnes d'Hercule (Gibraltar) au sud, jusqu'à l'Atlantique à l'ouest et jusqu'aux Alpes maritimes à l'est. Ce fut le roi wisigoth Alaric II qui fit composer et qui promulgua le nouveau code des gallo-hispano-romains connu sous le nom de « Breviàri » d'Alaric, base de notre Droit écrit qui devait rester en vigueur chez nous jusqu'au Code Napoléon. Malheureusement pour eux et pour nous, Bourgondes et Goths étaient « ariens », c'est-à-dire que, durant leur séjour en Orient, ils avaient été convertis au christianisme d'Arius, réputé hérétique depuis le concile de Nicée ; eux-mêmes étaient considérés comme hérétiques par le clergé catholique romain d'Occident. Clovis s'étant converti au catholicisme, certains de nos évêques crurent astucieux de l'appeler en Aquitaine et en Provence pour en extirper l'hérésie et les hérétiques. Alaric II fut vaincu et tué à la bataille de Vouillé (Poitiers), en 507 ; Clovis occupa de proche en proche tout notre pays, jusqu'aux Pyrénées, laissant commettre par ses soldats de telles atrocités que le clergé espagnol déclina ses «services» et préféra garder les rois wisigoths, quoique hérétiques, comptant bien les convertir un jour ; (ce qu'il réalisa effectivement peu de temps après). Clovis et ses divers successeurs ne colonisèrent pas les régions au sud de la Loire, du Morvan et de Mâcon ; ils se contentèrent d'y exécuter des expéditions, des pillages, des «razzias», mais n'y laissèrent que de petites garnisons clairsemées. Au contraire, au nord de la ligne Nantes-Mâcon les implantations de colonies franques furent assez nombreuses pour modifier le complexe ethnique et linguistique. Comme l'a fort bien démontré Ferdinand Lot, professeur à la Sorbonne, membre de l'Institut, dans son ouvrage « Les Invasions Germaniques », p. 259 à 267, il se forma alors trois Frances : une France germanique, à l'est qui devait devenir l'Allemagne ; une France romane, entre le Rhin et la Loire, et une France Aquitano-Provençale, c'est-à-dire l'Occitanie. La démarcation entre ces deux dernières suivait une ligne allant de Nantes à Belfort ; la toponymie (science des noms de lieu) le démontre (Belfort est une forme occitane, en francien on dit Beaufort). Le Professeur Ernst Pulgram, déjà cité, est de cet avis. D'ailleurs, il suffit d'examiner attentivement des cartes routières pour s'en convaincre. Au cours du Moyen-Age et des temps modernes, la langue d'Oc ou Occitan a perdu du terrain, soit par le fait d'une évolution spontanée de certains de ses dialectes marginaux, soit sous la poussée dû francien, soit à la suite de déplacements de populations, conséquences de guerres. Cet ainsi que le Bourbonnais, le Berry, le Poitou virèrent de la langue d'oc à la langue d'oîl. Richard Cœur de Lion, né au Castel de Belin en Gascogne, en 1157, fils d'Aliénor d'Aquitania et d'Henri II Plantegenêt, roi d'Angleterre, duc de Normandie, d'Anjou et d'Aquitaine, répondant à Dauphin d'Auvergne qu'il avait provoqué, lui manda un « sirventesc » plutôt virulent qui commence en ces termes : « Dalfin, je us voiil deresnier vos e le comte Guion, Que en eiceste seison vos feistes bon guerrier vos jurastes en moi e m'en portastes tiel foi com N'Aengris a Rainart e sembletz dou poil liart... » (liart : gris, chenu) Ce dialecte poitevin est manifestement plus francien qu'Occitan. Durant les guerres de cent Ans et les guerres de Religion, nous perdimes l'Aunis, la Saintonge et les deux tiers ouest de l'Angoumois. Les campagnes, ravagées dévastées, furent en partie repeuplées au moyen de colons amenés de la Vendée et des contrées de la basse Loire ; comme ils ne parlaient pas occitan, on les surnomma « Gavaches » et les secteurs où ils prédominaient, « Gavacheries ». Dans le bassin de la Saône, du Doubs, du Rhône moyen et de la Doire Baltée, soit les départements du Doubs, du Jura, de la Saône et Loire, de la Loire, du Rhône, de l'Ain, de la Savoie, de la Haute-Savoie et les deux tiers nord de l'Isère, plus la Suisse romande et le Val d'Aoste, il s'est formé peu à peu un langage intermédiaire auquel le professeur Italien Ascoli a donné le nom de « Franco-Provençal ». Ce terme est assez clair pour nous dispenser, provisoirement, d'en écrire davantage à son sujet. N'oublions pas que c'est le génial poète Toscan Dante Alighieri qui, le premier, qualifia notre idiome roman de « lingua di oc » d'où on dériva bientôt « occitan » et « Occitania », usités dès le Moyen-Age. Il n'y a donc pas lieu de s'offusquer de tels noms dus à un tel parrain ! au demeurant, les seuls qu'on ait trouvés pour désigner exactement tout l'ensemble des dialectes et des pays de « langue d'Oc ». Actuellement la langue d'Oc, et par conséquent l'Occitanie, ont pour limite septentrionale une ligne qui passe aux abords de Blaye et de Coutras (Gironde), à l'est d'Angoulême et au nord-ouest de Confolens (Charente), au sud de Bellac (Haute-Vienne), au nord de Guéret et d'Evaux-les-Bains (Creuse), au sud de Gannat et de Vichy (Allier), suit le faite des Monts du Forez, passe au nord de Saint-Bonnet-le-Château, au sud de Firminy et au nord de Bourg-argental (Loire), au nord d'Annonay (Ardèche), traverse le Rhône entre Saint-Vallier (Drôme) et Tournon (Ardèche), continue au nord de Romans, de Villard-de-Lans, de Monestiers-de-Clermont, de Bourg-d'Oisans et l'Alpe d'Huez (Isère), au Col du Galibier et atteint au sud de Modane, les Alpes et la frontière italienne (laquelle n'est point pour nous une frontière linguistique, pas plus que celle des Pyrénées, ainsi que nous le démontrerons aisément une autre fois). Au total, l'Occitanie englobe, pour la plupart entièrement, trente quatre départements de la moitié sud de la France. Abstraction faite des cantons non occitans, leur population s'élève à dix millions et demi de personnes, auxquelles il convient d'ajouter les millions « d'émigrés » en région parisienne et ailleurs en pays d'oîl, soit entre onze et douze millions d'Occitans Français.

Texte publié dans Cévennes Magazine en 1977

COMMENTAIRES

Aucun commentaire pour le moment.

Ajouter un commentaire

S'abonner en ligne Moyens de paiement Visa Mastercard Découvrir Devis en ligne gratuit Moyens de paiement Visa Mastercard Découvrir
Remonter