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LA GUERRE DE CENT ANS DANS LES CÉVENNES - Partie 2/2

LA GUERRE DE CENT ANS DANS LES CÉVENNES - Partie 2/2

« Grandes compagnies »

« Routiers »

« Ecorcheurs »

 

Par Thierry Ribaldone

 

Les “Tuchins” ou “Coquins”

Paysans et artisans émules des routiers auxquels ils vont parfois s’associer, les Tuchins font leur apparition dans le Languedoc sous la lieutenance-générale de Louis 1er, duc d’Anjou et frère du roi Charles V, ruinés par une fiscalité qui ne cesse de s’alourdir. Après les premières révoltes, dont Le Puy, Nîmes et Montpellier font les frais en 1378, l’ensemble des impôts, parmi lesquels le fouage (1) et la gabelle, tous deux très impopulaires, est aboli en novembre 1380. Mais bientôt privée des ressources nécessaires pour honorer des dépenses qui, elles, ne diminuent pas, la royauté rétablit la gabelle le 14 janvier 1382, déclenchant aussitôt une seconde vague de soulèvements dans toute la province. Réfugiés dans les bois où ils forment des bandes armées, les Tuchins (du latin tusca, lande ou maquis) sont d’abord soutenus en secret par la population des villes laquelle ne tarde pas à les lâcher, se rangeant du côté de la noblesse qui leur est farouchement hostile.

Les opérations débutent au printemps suivant à Pont Saint-Esprit, où les Tuchins de la sénéchaussée de Beaucaire s’emparent du magasin de la gabelle et font en sorte que le sel soit distribué sans impôt. Précédée d’étendards et marchant au son de la cornemuse, une troupe d’environ 600 hommes assiège ensuite Saint-Laurent-des-Arbres, puis s’en prend à Bagnols-sur-Cèze, Uzès, Anduze, Alès, incendiant au passage le château d’Arpaillargues, puis celui du Cailar, propriété du baron Antoine de Bermond, “et tous les papiers qui y étaient”. En août 1382, ils investissent les forteresses d’Aiguèze et de Cornillon, cette dernière appartenant à Raymond, neveu de Guillaume II Rogier, comte d’Alès, présent dans sa ville lorsqu’elle fut enlevée. Une première amnistie, accordée aux “ribauds” au mois de mars, convainc la majorité d’entre eux de déposer les armes et de rentrer dans leurs villages, mais plusieurs refusent la proposition et s’emparent du château de Vézénobres avec, dit-on, la complicité de certains habitants de la ville. Le sénéchal de Beaucaire, Enguerrand d’Eudin, le leur reprend peu après, “fit arrêter et pendre un grand nombre de ces pillards - dont quatre aux portes d’Alès - et condamna tous les lieux qui les avoient reçus, à des amendes pécuniaires” *. En février 1384, il “se mit à la tête des milices du païs, et fit la guerre (...) au reste des Tuchins qui y étoient encore. II fit mourir plusieurs d’entre ces derniers par la main du bourreau” *. Les villes de la province qui les avaient aidés dépêchent alors des députés à la Cour, “pour demander grace au roi de leurs désobéissances passées, et ce prince leur accorda des lettres de rémission le 8 de Mars de l’an 1384”. II déclara dans ces lettres, “qu’il remet, quitte et pardonne les grandes rebellions, désobéissances, “tuchineries”, crimes de lèze-majesté, et autres maléfices que les universités, gens et habitans de ces villes ont commis et perpetrez contre lui et contre le duc de Berri” son lieutenant-général en Languedoc, les condamnant à payer “la somme de huit cens milles francs d’or (...)” *. Le “Tuchinat” prend fin en Languedoc peu après le procès intenté les 9 et 10 mars suivants, à l’Hôtellerie de la Croix de fer à Alès, contre les habitants de Bagnols, accusés d’avoir favorisé les Tuchins lors de la prise du magasin à sel de Pont Saint-Esprit.

Avec la signature de la trêve d’Arras, le 28 septembre 1444 entre le comte de Suffolk, envoyé d’Henri VI d’Angleterre, et Pierre de Brézé, premier conseiller de Charles VII, qui annonce enfin une paix durable entre les deux royaumes, sonne le glas du recours ponctuel aux compagnies des chefs routiers. Le roi de France qui, dès 1439, avait entrepris de faire du recrutement un monopole royal, charge alors le dauphin Louis d’emmener les bandes désormais sans emploi combattre les Suisses à l’appel de Frédéric III de Habsbourg, roi des Romains. Sélectionnés pour leur science des armes et leur probité, les capitaines qui dirigent cette future armée permanente sont de noble extraction et reçoivent une solde majorée et régulière. Ils recrutent eux-mêmes leurs hommes d’armes, choisissant les plus compétents et les plus sûrs. Charles VII ayant décrété une amnistie générale pour les exactions que certains ont pu commettre pendant les guerres, quelques rares chefs routiers ont été retenus pour les commander. Mais pour éviter tout débordement, une implacable justice militaire est mise en place. Mais bien peu récidivent, l’armée étant dorénavant sous la coupe d’un seul chef, ce qui, rendant la discipline beaucoup plus efficace, fait dire à Charles VII : “toute la guerre du royaume appartient au roi” (2).

* Citations extraites de Dom C. de Vic et Dom J. Vaissete, Histoire générale de Languedoc, rééd. de C. Lacour, Editeur, Nîmes 1993-1994, tomes 7 et 8.

Bibliographie additive :

- Dictionnaire de biographie française tome IV, Letouzey et Ané, Paris 1948. - Abbé Béraud, Le Tuchinat au diocèse d’Uzès, Ed. Maison Carrée, Nîmes 1944.

- G. Chauvy, L’équipée des Tard-venus, Historia spécial nov-déc 1991, n° 14, pp. 61-64.

- P. Contamine, Les compagnies d’aventure en France pendant la guerre de Cent Ans, Mélanges de l’école française de Rome, 1975, pp. 365-396. - P. Contamine, La guerre au Moyen Age, Presses Universitaires de France, coil. Nouvelle Clio, L’histoire et ses problèmes, Paris 1980.

- J. Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980.

- P. Gorlier, Le Vigan à travers les siècles. Histoire d’une cité languedocienne, Imp. J. Reschly, Montpellier 1955, rééd. 1970.

- G. Minois, La guerre de Cent Ans. Naissance de deux nations, Perrin, Paris 2008. 

NOTES

(1) Redevance que devait payer chaque foyer.

(2) Cité par C. Gauvard, La France au Moyen Age du Ve au XVe siècle, Quadrige Puf, 2004, p. 484.

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