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L’abbé François de Langlade du Chaila

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L’abbé François de Langlade du Chaila

L'Abbé François de Langlade du Chaila naquit en 1648, au château du Chayla-d'Ance, paroisse de Saint-Paul-le-Froid. Il était le cinquième enfant de Balthazar de Langlade, seigneur du Chaila, et de Françoise d'Apchier, veuve en premières noces et sans enfant de Charles de Louet de Calvisson.

Il entra, jeune encore au séminaire des Missions étrangères à Paris. Au bout de quelques mois, il fut envoyé aux missions de Siam. Ses forces furent vite épuisées. Il dût venir se reposer au sein de sa famille. Il était au château du Chaila lors de l'incendie qui dévora cet immeuble, en juillet 1683.

Dès qu'il fut remis de ses fatigues, Mgr de Piencourt le nomma inspecteur des missions du Gévaudan, curé de Saint-Germain-de-Calberte et archiprêtre des Cévennes. M. du Chaila n'eut désormais qu'un but : ramener à la foi catholique les populations dissidentes des Cévennes.

L'abbé du Chaila était d'une taille élevée, d'un maintien digne et aisé, d'un caractère avenant quoique vif, et avait une conversation riche, et enjouée. Il était, par contre, affligé d'une pénible myopie.

Sa charité était admirable. « Je l'ai vu, dit M. Mingaud, tirer ses habits de dessous pour en revêtir les pauvres. »

Ses pénitences effrayantes : longtemps, il ne fit qu'un repas par jour, coucha tout vêtu sur la dure, prit fréquemment la discipline et porta haire et cilice. Il ne buvait presque pas de vin, mangeait surtout des châtaignes.

On lui a reproché sa sévérité parfois excessive à l'égard des fanatiques rebelles. Son austérité personnelle l'explique en partie et la mentalité de son époque.

L'abbé du Chaila avait acheté en 1687 un vaste bâtiment où il avait fondé un séminaire destiné à former les prê-tres et les instituteurs nécessaires à l'enseignement public dans les Cévennes. Le clergé des environs y venait faire des retraites.

Sur la fin de 1701, quelques prédicants étrangers envahirent la contrée pour essayer de ressusciter le vieux fanatisme. Du Chaila redoubla d'activité. Il appela auprès de lui de nouveaux missionnaires. En même temps, il priait le comte de Broglie de retirer les troupes cantonnées dans diverses localités.

Le lundi 24 juillet 1702, il était au Pont-de-Montvert, où il présidait les exercices d'une grande mission prêchée par une douzaine de prêtres, dont trois pères capucins du couvent de Florac : Ignace de Beaujeu, Alexandre de Miribel et Claude de Montfaucon.

Le 22 juillet, il écrivit à M. Castanet, prieur des Balmes et à M. Mingaud, curé de Saint-Etienne, pour les prier de se rendre chez lui, au Pont-de-Montvert, le lundi suivant 24, parce qu'il avait d'importantes communications à leur faire. Avant de congédier ses visiteurs, M. du Chaila voulut se confesser à M. Mingaud.

II se met au lit vers dix heures. Il n'est pas encore endormi qu'il entend des cris confus accompagnés de jurements et de coups de fusil. Ce sont des fanatiques, au nombre de deux cents environ, qui viennent pour l'exécuter, selon un plan qu'ils ont concerté ensemble deux jours auparavant, à la foire de Barre. Ils s'avancent sous la conduite des prophètes Abraham Mazel, paysan des environs de Saint-Jean-du-Gard, de Pierre Séguier dit Esprit, de Salomon Couderc, de Laporte et d'André Noguier. Ils obéissent à une sorte de général en chef dit le commandant des Routières, de son vrai nom Saint-Jean, originaire des montagnes du Vivarais.

Ils entrent tumultueusement au Pont-de-Montvert, en chantant les psaumes de Marot, et en fanatisant, c'est-à-dire en poussant des cris stridents accompagnés de contorsions. Ils vont droit à la maison de la veuve André, où loge l'abbé du Chaila, tout près et sur la rive droite du Rieumalet, maison qui appartient, de nos jours, à Mme de Rouville, et dans laquelle se trouvent installés les bureaux de la poste et du percepteur. Ils la cernent de toutes parts, et, à l'instant, les vitres volent en éclats, sous les coups de fusil. L'abbé du Chaila croit d'abord que ces forcenés veulent l'élargissement de quelques prisonniers détenus dans une salle basse de la maison, et il les leur fait remettre. C'étaient trois jeunes gens et trois jeunes filles travesties en garçons, de la paroisse de Moissac, avec un étranger, qui leur servait de guide pour sortir du royaume : on les avait surpris et arrêtés.

Mais l'abbé du Chaila ne tarde pas à comprendre qu'il en veulent à sa vie. Dès que la porte est ouverte, ils se précipitent dans la maison et s'efforcent de pénétrer dans sa chambre située au premier étage. La Violette, son valet, tire sur les envahisseurs. Il tue le premier qui se présente, blesse le second et fait reculer toute la bande.

Le chef, pensant que l'abbé a du monde pour le défendre et qu'il peut leur résister longtemps, ordonne à ses gens de battre en retraite. Ils obéissent tout penauds. Ils brisent ensuite à coups de hache la porte d'une pièce placée au-dessous de la chambre de l'abbé, et lui servant d'oratoire et de chapelle. Au bruit de leur tumulte, le régent de l'école de l'endroit, l'acolyte Roux, de la paroisse d'Albaret-le-Comtal, accourt précipitamment pour ne pas laisser dans l'abandon son supérieur, et veut se frayer un passage jusqu’à lui. Cet acolyte, âgé de 25 ans, couchait dans une chambre à côté de l'oratoire, en compagnie d'un jeune garçon de 12 ans, qui était, d'après P. L'Ouvreleul, de la suite de l'abbé et chantait bien le plain-chant.

L'enfant, du nom de Mide, se sauva par une petite fenêtre, tandis que l'abbé Roux fut appréhendé et traîné sur le marchepied de l'autel, où on le massacra à coups de hache. Le lendemain ses restes furent inhumés dans le cimetière de Frutgères. Quant aux assassins, après avoir pillé la petite chapelle, ils entassent, au milieu, tout ce qu'ils peuvent trouver de combustible et y mettent le feu. Le locataire de Mme André, qui se présente à ce moment pour s'opposer à l'incendie de la maison, reçoit un coup de fusil et tombe raide mort.

De son côté, l'abbé du Chaila, voyant les flammes monter vers sa chambre pleine de fumée, cherche à se sauver par une fenê-tre, à laquelle il attache les draps de son lit. Au moyen de cette corde improvisée, il descend dans le jardin situé derrière la maison, sur les bords du Tarn, “pieds nus, avec sa seule culotte sur sa chemise, et un bonnet de futaine sur la tête”. Son cuisinier, Michel Ravajat, de Florac, descend après lui et ne veut point le quitter, bien que son maître lui dise de s'enfuir. Ils se cachent tous deux dans un accul du jardin, d'après L'Ouvreleul, derrière un pied d'ar-bre ; ou dans l'oseraie de la rive, suivant d'autres.

La Violette, ayant ramassé quelques hardes, traverse, en courant, les flammes ; Il est pris et mené devant le chef de l'expédition, mais un des prisonniers délivrés demande sa grâce, disant qu'il l'a bien traité lui-même et ses compagnons, sur quoi, le prophète Séguier lève les yeux au ciel, et prononce son pardon au nom du Saint-Esprit.

Dans le même instant, quelqu'un a aperçu l'abbé. Les flammes de l'incendie, qui achève de dévorer la maison, l'ont trahi dans sa retraite. On se précipite sur lui. Michel Ravajat, qui a refusé tout à l'heure de l'abandonner, s'enfuit maintenant par son ordre. Mais il est atteint au côté droit, d'un coup de fusil dont il meurt le 7 août suivant. II fut enseveli dans l'église de Fraissinet-de-Lozère.

Cependant l'abbé du Chaila est entouré d'une douzaine de fanatiques, les autres étant occupés à le chercher ailleurs. Il leur demande la vie, et ils la lui promettent, à condition qu'il renoncera à sa foi et qu'il se fera ministre huguenot. Sur son refus énergique, on l'entraîne sur le petit pont de Rieumalet, par la porte qui, du jardin, y donne accès, comme cela se voit encore. Et là, auprès d'une croix qui n'y est plus, on le maltraite à l'envie.

Les Huguenots, maintenant tous assemblés, le somment à nouveau d’ajurer sa religion, s'il veut la vie sauve.

- Plutôt mourir mille fois !

- Eh bien ! tu mourras, riposte Séguier, car ton péché est contre toi.

“Dès lors, dit L'Ouvreleul, ils le percèrent de cinquante-deux coups de poignard, qui lui firent cinq blessures à la tête, onze au visage, vingt-six à la poitrine et au ventre, et dix aux côtes et au dos, desquelles vingt-quatre étaient mortelles, suivant le rapport du chirurgien qui visita le corps avant d'être inhumé. Son supplice dura quatre longues heures. Ses bourreaux célébrèrent ensuite leur triomphe par plusieurs décharges de fusil et une prédication, et ne se retirèrent qu'au point du jour”.

Dès l'aurore du mardi, 25 juillet, après le départ des ennemis, les trois religieux capucins, qui étaient logés dans une maison bourgeoise, aux extrémités du bourg, et n'avaient échappé à la mort qu'en se cachant dans un blé, s'empressèrent de recueillir les restes de la victime, qu'ils transportèrent dans la boutique d'un nommé Pons. Après quoi, le Père de Miribel partit en diligence informer l'évêque de Mende.

Un autre exprès se rendit à Saint-Germain où devait avoir lieu l'inhumation. Le curé de cette paroisse était le Père L'Ouvreleul. Il disposa toutes choses pour des funérailles solennelles. Il y invita tous les curés et consuls du voisinage.

Le corps de la victime fut porté le 26 à Saint-Germain, par deux mulets, sur un brancard, escorté de vingt fusiliers et accompagné de trois ecclésiastiques.

“Il n'y eut personne, dit le Père L'Ouvreleul, qui ne fût attendri et ne versât des larmes, à la vue du défunt, quand il arriva à Saint-Germain, le jour de Sainte-Anne, nullement changé, ayant la bouche ouverte et les yeux fixés vers le ciel, le front un peu sanglant, avec un air de douceur qui effaçait les horreurs de la mort, en sorte qu'il semblait vivant”.

On le revêtit de ses habits sacerdotaux, et on l'exposa dans l'église qui fut aussitôt remplie de monde.

L'abbé du Chaila fut inhumé dans le caveau qu'il s'était fait aménager quatre ans auparavant.

Il avait 54 ans.

(Foulquier : Paroisses des Cévennes, Il. p. 80, extraits.)

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